Désobéissances

Clémence Roy-Darisse

Année de création

À venir

«Désobéissances» (titre en chantier) nous plonge dans la tête d’une jeune activiste pourle climat, emprisonnée après un acte de désobéissance civile climatique. Après avoir saboté un pipeline qui menaçait de rendre impotable l’eau du fleuve Saint-Laurent, la
jeune femme est arrêtée pour avoir troublé la paix. Puis, dans un dialogue serré, qui se veut à la fois comique et poignant, la pièce explore comment deux personnages que tout oppose : un policier et une activiste; en viennent à bâtir une relation propice à la confidence.

Inspiré par le rythme et le ton de «how to blow up a pipeline» ou encore «les justes» d’Albert Camus, la pièce pose notre question de la justice aujourd’hui. Alors que des compagnies saccagent quotidiennement notre avenir, quels gestes sont légitimes pour se défendre ? Qu’est-ce que la justice dans ce système légal actuel qui criminalise de plus en plus les militants en environnement ? La pièce oppose le pragmatisme confortable de notre époque et l’idéalisme d’une sortie du monde capitaliste écocidaire dans lequel on se trouve.

Il veut la condamner à tout prix et obtenir le nom des complices pour ajouter à ses griefs. Elle vient d’un monde ACAB, où les autres activistes forment sa plus grande famille, qu’elle doit protéger à tout prix. Désobéissance est un duel tendu, où chaque personnage tente de défendre sa vision du monde jusqu’au bout. Un huis colos mêlant
thriller, comédie noire et combat de boxe. Des dialogues coups de poing dévoilant deux visions de la justice qui s’entrechoquent, se froissent, jusqu’à abîmer leurs certitudes.

Description et démarche

La pièce tente aussi de faire écho aux procès pour désobéissance civile climatique qui se multiplient au Québec et au Canada, et qui s’ancrent dans une répression croissante. Cette année, pour la première fois, des militants pacifiques ont été incarcérés. Ayant été une activiste pour le climat moi-même, je connais cet univers où le don de soi se concrétise dans des valeurs qui ne laissent parfois plus de place à la nuance. Loin d’être une autofiction, la pièce s’inspire de gens que j’ai rencontrés et tente de donner une voix à ces personnes qui sacrifient leurs vies à la lutte. Qui portent le poids immense du mot « idéal », pour qui la lutte signifie tout. Ayant cotoyé des gens s’étant radicalisé récemment je me suis posée la question ; est-ce que je serais prête, moi, à m’enchaîner à
un conteneur pour bloquer un pipeline ? Est-ce que je serais prête à me faire arrêter ? Quel genre de personne est prêt à faire ça, et comment est-ce qu’on en arrive à sacrifier autant pour une cause ?

Venant aussi d’une famille de policiers la tension entre ces deux mondes qui se détestent mais se ressemblent étrangement m’intrigue beaucoup. Ma tante et mon oncle me regarde dans mes convictions et on s’adore mais je sais qu’ils jugent ce geste là.

En quoi les policiers désobéissent-ils ? En quoi les activistes suivent les règles ? La loi est-elle juste ? Qu’est-ce que la justice dans un contexte de crise climatique et jusqu’où devrions-nous aller pour la défendre ? Sommes-nous prêts à désobéir ? Tant de questions qui habitent ce texte et que j’aimerais explorer avec les adolescent.e.s. Le miroir déformant qui existe entre les deux univers m’intéressent aussi particulièrement : le milieu policier et de l’activisme se détestent mais se confondent, se ressemblent aussi étrangement : désir de protéger, de servir, de faire communauté, loyauté absolue à leur milieux. Tant de paradoxes qui habitent ces milieux mais aussi une part de nous. Car cette dualité existe aussi en chacun.e de nous. La partie qui se révolte et celle qui craint
de ne pas respecter les règles et qui souhaite la répression pour l’ordre établi.

Je souhaite en effet développer des zones d’ambivalence chez les deux : l’inquiétude prenante que le policier ressent pour son petit gars de trois ans, mais aussi la violence de cette jeune femme activiste aux idéaux certes vertueux, mais irréalistes. Je veux qu’il soit difficile de prendre parti, afin que le public puisse se questionner sur ses propres
paradoxes et réfléchir à la notion même de justice pour les générations futures. En deuxième lieu, j’aimerais préciser la progression narrative de la pièce, notamment à ce qui a attrait aux dévoilements quant à l’action de désobéissance civile. En resserrant la pièce en format d’interrogatoire et en resserrant le rythme pour y insérer plus de suspense, je pourrais clarifier comment leur relation évolue du début à la fin de la pièce. Et y ajouter plus de pep. De Thriller.

Enfin, je trouve important d’insérer des traces de comédie, surtout dans un sujet aussi lourd. J’ai beaucoup de fun à écrire ce texte, je vous assure ;).

Clémence Roy-Darisse, Constance Malenfant, Jonathan Daniel, Olivier Sylvestre

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