Accalmie

Théâtre Les Poules Mouillées

Année de création

À venir

Accalmie porte sur les relations humaines, celles qui nous étouffent et celles qui nous sauvent. Un projet qui parle du devoir de transmettre le comment prendre soin. Prendre soin d’un premier amour. Prendre soin de notre planète. Ça se passe dans une petite ville côtière de 3000 habitants, là où le fleuve joue un rôle important dans la temporalité des choses. On est en juin et l’été s’annonce caniculaire. Depuis plusieurs mois, les méga-feux ravagent les forêts du Québec. Un confinement obligatoire a été imposé pour toutes les régions affectés par la fumée.

Pourtant, il est minuit et Cora, une adolescente de 16 ans impulsivement
amoureuse et férocement militante, court sur la rue principale. Armée de colère et d’écoanxiété, elle veut sauver sa planète en état d’urgence, alors qu’elle est ellemême prisonnière d’une relation amoureuse qui l’étouffe à petit feu depuis trois ans. Cette nuit-là, à la suite d’une tentative de rupture, elle fuit le domicile de son partenaire et trouve refuge chez Claude, une femme de 63 ans, vivant en marge de
la société, loin du contact des autres. Cette nuit-là, les deux protagonistes seront toutes les deux transformées par cette rencontre intergénérationnelle. Avec ce projet, je souhaite explorer de quelle manière la violence conjugale et la crise climatique transforme notre rapport à la sécurité, au refuge, à notre capacité de prendre soin du vivant, et ainsi influence notre manière d’entrer en relation avec les autres.

Description et démarche

Depuis 2021, je collabore avec La Dauphinelle, une maison d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale. Ensemble, nous créons des événements artistiques visant à offrir des espaces de prise de parole, de partage et de dénonciation afin de briser le sentiment de solitude. Cette collaboration a profondément marqué ma démarche et m’a menée à développer des ateliers artistiques dans les maisons d’hébergement comme médiatrice culturelle. C’est dans cette continuité qu’est né Accalmie.

De mes 15 à 21 ans, j’étais prise dans une relation amoureuse violente. C’était mon premier chum et à ce moment-là, comme plusieurs ados de 16 ans diraient, « l’amour de ma vie ». Malgré que je ne savais pas ce que ça voulait dire être aimé, je définissais chaque jour un peu plus ma vision de l’amour à travers cette relation. On peut penser que tous les premier
amour sont les plus difficiles et les plus douloureux, que c’est comme ça, que tout le monde passe par-là et que c’est inévitable. Je ne pense pas. Je pense au contraire que j’ai de la chance d’être en vie aujourd’hui pour écrire ces mots. Que j’ai eu de la chance d’être bien entourée et d’avoir été accompagnée pour sortir de cette relation, avant qu’il ne soit trop
tard. Contrairement à d’autres. Ça n’a pas été le cas pour Gabrielle Dufresne-Élie. Pour Daphné Boudreault. La violence amoureuse, les féminicides en contexte conjugal, ce n’est pas juste une affaire d’adulte. Ce n’est surtout pas juste physique. Le contrôle coercitif peut mener à un féminicide. Ça commence là. Et la majorité des adolescent·es vont en vivre dans leurs premières relations amoureuses.

Accalmie est donc un espace de réflexion où déposer tout ça. C’est à travers la rencontre d’une adolescente de 16 ans et d’une femme dans la soixantaine, toutes deux marquées différemment par leur expérience de violence amoureuse, que je souhaite mettre en lumière l’universalité de cet enjeu et questionner notre manière de prendre soin du vivant en 2026. C’est le premier projet que j’ai ressenti l’urgence d’écrire et grâce à ma collaboration avec La Dauphinelle, en allant à la rencontre de survivantes, j’ai pu entendre diverses perspectives et trouver mon point de vue. Mon intention avec ce projet est d’ouvrir un espace de
discussion, tout en étant consciente qu’il s’agit d’un sujet dont on parle encore trop peu avec les jeunes. Je refuse ce tabou persistant, qui je le crois fait partie du problème. On hésite souvent à associer la violence conjugale aux relations adolescentes, alors qu’ils et elles figurent parmi les groupes les plus touchés.

Dans un article de Gabrielle Duchaine publié en 2024 dans La Presse, on souligne que « les statistiques sur la violence dans le couple chez les adolescentes sont rares au Québec. Mais des intervenantes sur le terrain observent une hausse et réclament plus de sensibilisation. » Son enquête révèle des situations inquiétantes vécues par des filles de 12 à 17 ans, prises sous le contrôle d’un premier amoureux : « un amoureux qui suit sa
copine à la trace par la géolocalisation de son cellulaire ; un autre qui menace la sienne de diffuser ses photos intimes si elle le quitte.» Ou encore, comme l’écrit Martine Delvaux dans un article publié en vue du 8 mars 2025, « des enseignantes de niveaux primaire et secondaire sont venues vers [elle] pour [lui] confier leur inquiétude quant à la montée du
masculinisme et de l’antiféminisme dans leurs salles de classe. » Ces témoignages démontrent l’urgence d’aborder ces réalités dans la sphère culturelle, comme dans le milieu jeunesse. Je souhaite outiller, sensibiliser et provoquer le dialogue face à ces formes d’oppression présentes dès les premières relations amoureuses.

Laurence Mainville, Marie-Claude Saint-Laurent, Emmanuel Frappier, Charlie Monty, Marie-Hélène Thibault

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